Mrs Dalloway

Hier matin, je me suis réveillé en pensant à Mrs Dalloway. Je restais étendu dans le lit. J’essayais de ne me pas me réveiller pleinement, pour comprendre. Pourquoi ce rêve et cette idée du bouquet de fleurs! Je me souvenais seulement de Trafalgar Square, où je tournais en rond. C’est curieux comment certains bouquins reviennent constamment me hanter.

Lorsqu’on écrit, on n’échappe pas à soi-même. Tout y est. Pas besoin d’une consultation chez un psy. Il suffit de lire attentivement et de prendre des notes. Et comme l’esprit est beaucoup plus libre dans une fiction qu’ailleurs, cette drôle de chose que l’on appelle la vérité risque davantage de s’y retrouver.

J’ai noué plusieurs amitiés intemporelles. Avec Virginia Woolf, par exemple – pas nécessairement des personnes que je fréquenterais dans la vie de tous les jours. Mais, qu’est-ce que j’en sais? Peut-être que tout serait sombre et silencieux autour de nous, et cela ne nous dérangerait pas du tout.

Peut-être que je pourrais lui faire savoir que c’est une question de langage. Peu importe la modernité des techniques narratives. Peu importe cette longue journée où l’on alterne entre la narratrice omnisciente et les soliloques des personnages.

J’aime me promener dans ces ruines. Probablement que c’est ça : l’espace. Mrs Dalloway se promène de Victoria Street à Regent Park, dans un espace qui m’est aussi près et aussi éloigné que mes vingt ans. Il y a la sexualité, les problèmes mentaux, puis la fête. C’est complexe, pas très joli, mais d’une grande justesse. Je suis bien.

Il y a des livres qu’on ne quitte jamais tout à fait. Ils se mêlent étroitement non seulement à notre mémoire, mais à notre vie. Et chaque bouquet de fleurs me ramène à ses beautés et à ses contradictions. Il est midi et j’entends résonner l’horloge de Big Ben. Non. Il est minuit.