Les romans abandonnés
Il y aurait toujours des choses que Malika ne pourrait pas comprendre, même quand elle ne serait plus une petite fille. Dans le Hurlevent, certains événements échappaient à toute forme de compréhension. Pourquoi monsieur Earnshaw avait-il ramené Heathcliff chez lui? Est-ce que ce n’était pas comme laisser entrer le Hurlevent dans la maison? On ne pouvait pas se préserver et se mettre hors du temps, mais pourquoi fallait-il que l’on s’éloigne sans cesse du bonheur, de la joie du quotidien, pour découvrir une vérité qui n’allait que compliquer les choses?
Et puis tous ces chiens qui habitaient cette maison sombre et qui apparaissaient là au début du roman étaient une source d’étonnement pour Malika. C’était peut-être la présence des chiens qui l’avait amené à poursuivre ce livre étrange, où elle avait toujours l’impression d’habiter un espace humide, de marcher entre les pierres tombales près de la lande, d’apercevoir les papillons de nuit qui voletaient au milieu de la bruyère, le mobilier massif ou les paysages plongés dans l’obscurité. Tous ces chiens avec leurs crocs étaient pour elle l’expression des humeurs souterraines de Catherine.