Le début des tunnels

C’est dommage de commencer comme ça. Pas que ce soit faux. Au contraire, le problème est peut-être qu’il y a déjà trop de vérité dans cette manière de commencer. Mais un homme dans un lit qui regarde le plafond : cela ressemble davantage à une fin qu’à un commencement.

J’ai longtemps cru qu’il existait quelque part un début plus parfait, une phrase inaugurale capable de contenir tout le livre comme les plans d’une ville dans un tiroir d’architecte. J’y ai pensé pendant des semaines. Étendu dans mon lit. À regarder le plafond.

Le plafond devenait une surface de projection où des époques, des lieux et des matières incompatibles commençaient à cohabiter. Je venais de terminer Dernière neige, ou peut-être que le roman venait de me terminer, ce qui revient au même.

Ce livre est le truc le plus difficile que j’ai eu à présenter devant les libraires, à discuter dans les tables rondes, parce qu’il était comme un tunnel qui m’aspirait. Lui aussi.

J’avais terminé ce livre à mon arrivée à Paris, où j’habite avec mon chien Élios. Quand j’écrivais, les mots arrivaient avec une vitesse étrange. Ils semblaient déjà écrits à l’avance. Comme s’ils avaient attendu derrière une porte pour que je l’ouvre enfin.

Les phrases étaient les seules choses dont j’étais certain de leur existence. Le reste — les jours, les projets, les rues de Saint-Germain, les visages que je rencontrais — paraissait plus fragiles.