16 septembre 2017

Il m’a toujours semblé que la vérité était d’abord définie comme un mouvement. Elle n’est jamais fixe. Ce n’est pas une essence et c’est pourquoi on la retrouve dans une fiction, et non dans ce que l’on prétend être la réalité (qui est immobile, comme un objet réel peut l’être). C’est une notion essentielle si l’on veut comprendre pourquoi la vérité se retrouve dans une fiction, pourquoi elle s’y dissimule : parce qu’elle n’est pas un objet à mesurer.

Je lisais dernièrement le dernier livre d’Éric Reinhardt avec un certain malaise, certainement parce qu’il s’agit en partie de mon histoire. Être confronté à la finalité de la personne que l’on aime est plus horrible que ce que l’on peut décrire. Cela nous paralyse à tel point que le geste même d’écrire – qui a une composante ludique – devient inadéquat, ne peut se « réaliser », et pourtant… l’écriture engage si profondément l’être, qu’il est possible en théorie de le faire… Pour moi, les obstacles sont psychologiques. Comment concilier tous les aspects du geste d’écrire sur un sujet aussi grave?

Le mouvement de la vérité décrit une image indéterminée, une relation entre des instants en fuite, mais curieusement le plaisir esthétique provient le plus souvent de l’effondrement de ces instants dans une résolution qui donne l’impression d’un tableau que l’on peut examiner à loisir, un débris de l’esprit qui cesse de se mouvoir, une nature morte qui dessine des lignes géométriques, qui permet d’établir des rapports fixes au temps qui passe, à l’actualité, à toutes ces insanités que l’on se met à pourchasser dans le quotidien…