Les romans

Le père d’Usman (2015)                                   

Le père d’Usman, c’est d’abord l’essence même de la littérature : l’exploration du non-dit. Il ne s’agit pas de rechercher des petites choses insolites ou de mettre en scène des drames qui se déroulent à toute vitesse et où chacun peut agir à sa guise, sans avoir à se comprendre. J’aime bien T.S. Eliot critique. Il n’a pas de méthode. Il peut juger sévèrement une œuvre de Shakespeare (oui, oui, le frère de Britney!). Par exemple, lorsqu’il parle de manque de corrélat objectif dans Hamlet. À l’inverse, on peut dire que dans le mélodrame, les séries américaines, ce sont les personnages qui sont écrasés par le corrélat objectif – le monde intérieur ne peut tout simplement pas suivre. Ce que j’aimais, chez Usman, c’est sa capacité à faire la mise en scène de ses émotions uniquement avec ses mains – sans parler.UsmanMais, voilà, le non-dit reste non-dit, et le mélodrame ne surgit pas, pour le plus grand malheur des liseux. Alors, merde, la littérature ce n’est pas un magasin. Il y a de la crasse sur les murs. C’est un trou.

Conséquences lyriques (2010)                               

Un type est obsédé par les extraterrestres et rencontre une journaliste qui s’intéresse aux OVNI. Dans son délire, ou sa logique d’abruti, il croit qu’elle vient d’une autre planète. Conséquences lyriques, c’était la manière aristotélicienne de partir des phénomènes pour essayer d’atteindre de plus hautes sphères de la pensée. Image, représentation, logique. Ce n’est plus une mise en abyme traditionnelle : il n’y a que des abymes dans ce roman. Le soir, je prenais des Ativan et je mangeais des chips. Une représentation précède toujours une représentation, alors je creusais, et parfois je trouvais sans chercher – la grosse dame et son garçon, par exemple. Il arrive parfois que la représentation aille bien au-delà de l’intrigue et que l’on ressente quelque chose comme de l’espoir. Ces moments sont splendides.

La cité des vents (2006)                                               

La vanité d’un écrivain, c’est celle d’un cadavre dont le corps est déjà troué de balles. C’est comme si je vivais constamment des vies parallèles, et que j’avais le bonheur de regarder la comédie du monde. La cité des Vents m’a permis de recevoir un prix à Bucarest : c’est la première fois où j’avais l’impression d’être quelque chose comme une célébrité (à part ce mouvement de frénésie qui avait entouré la sortie de L’écrivain public).

« C’est un livre violent. Il y a un vrai souffle. Ça fait penser un peu à l’époque de la beat génération. On a un peu l’impression de lire un road novel. C’est un livre en mouvement, qui est écrit en bougeant. En même temps, il y a un côté satirique. Cette description de la ville de Chicago et de la société américaine à travers le regard des hobos, des vagabonds, c’est très prenant. C’est un très beau livre, qui ferait aussi un très beau film. »

Jean-Marie Le Clézio, juré du Prix des Cinq Continents (Le Devoir, 25 septembre 2006)

Les amours perdus (2004)                                 

Les amours perdues, c’est d’abord et avant tout une question, sur ces moments qui cristallisent (pour utiliser un terme cher à Stendhal) l’émotion amoureuse et l’éros. Lorsque je repense à ce petit livre, c’est la scène où un personnage boit de l’eau qui me revient d’abord à l’esprit. C’est drôle à quel point lorsque j’écris, les scènes se mettent parfois à déraper. J’arrive alors à un point de mélancolie ou de jubilation où les mots me semblent tomber avec justesse sur une scène qui devient lumineuse et ma vie se transforme – avec conviction – et se mêle à celle de mon personnage. Puis ce bouquin a fait en sorte que j’ai reçu le prix Ringuet. J’ai été étonné de l’absence d’accueil à l’Académie. J’ai dit quelques mots où il y avait une seule personne à la première rangée. Par la suite, j’ai su qu’il s’agissait du critique Réginald Martel, qui écoutait attentivement mon petit discours improvisé. J’aurais aimé lui parler.

« Pierre Yergeau est un des secrets les mieux gardés de notre littérature. Comme un précieux bijou qu’on ose à peine exhiber, de peur de se le faire prendre, Yergeau est davantage lu par les écrivains, qui admirent son style dense et précis, que par le grand public, qui, avec un petit effort, arriverait pourtant à apprécier ce romancier inspiré. »

Stéphane Despatie, Voir

Banlieue  (2002)                                                   

« Yergeau est passé maître dans l’art de décrire la « désexistence », de la déployer dans un récit touffu, avec la grâce d’une écriture unique. La Désertion en témoignait admirablement. Banlieue, avec ses bungalows sans âme et ses histoires de rien, le prouve hors de tout doute. »

Julie Sergent, Voir

La désertion (2001)                                                       

« Comme Yergeau use d’une langue lumineuse pour décrire des scènes où règnent le gris, le froid et la puanteur, il aime confronter sans cesse l’étrange et l’ordinaire, les espoirs et les déceptions, le beau et le laid. Et tout cela, qui trouve place il est vrai dans bien des romans, se passe ici dans un monde à nul autre pareil. On avance dans La Désertion comme dans une forêt enchantée, l’infime possibilité que l’on puisse se perdre en chemin nous gardant attentif, prêt à surprendre la moindre apparition. »

Julie Sergent, Voir

Du virtuel à la romance (1999)                                             

« Yergeau, ici comme ailleurs, a le génie de l’adjectif. Sa fable, macabre mais drôle par endroits, est un livre prenant dont on espère que le titre, un peu rébarbatif, ne fera pas fuir le grand public qu’il mérite d’avoir. »

Robert Chartrand, Le Devoir

La recherche de l’histoire (1998)                                         

« Il y a une liberté souveraine dans cet essai où se mêlent une culture authentique, un attachement aux racines de l’enfance et une passion absolue pour la littérature. Pierre Yergeau est un lecteur et un écrivain invétéré, pourrait-on dire, qui s’investit dans son œuvre comme peu osent le faire. […] C’est un livre singulier, un livre d’histoires écrites ou à venir. C’est l’œuvre d’un des écrivains les plus doués de sa génération. »

Robert Chartrand, Le Devoir

Ballade sous la pluie (1997)                                           

« Des dialogues bien tournés, imagés. Des personnages plus vrais que nature, suants, sales et puants. Une histoire qui lentement captive. Et toujours la pluie, et les passants. On ne saura pas vraiment le fin mot de l’histoire, tout ici semblant avoir été mis au service de la création d’atmosphère, en quoi Pierre Yergeau excelle. Cet univers a quelque chose de très cinématographique, qui découle d’une vision très personnelle. Ambiance glauque et humide qu’on n’oubliera pas de sitôt. »

Raymond Bertin, Voir

L’écrivain public (1996)                                                          

« Comment parler d’un très grand roman, de l’œuvre majeure d’une décennie peut-être, quand je m’en sens encore, quelques heures après le choc, et pour très longtemps j’espère, prisonnier ? L’écrivain public entre dans la littérature, la très grande, comme en son espace naturel, comme s’il y était attendu. Sans imposture et sans que rien ne lui résiste. »

Réginald Martel, La Presse

1999 (1995)                                                                                 

« Aussi bien le savoir tout de suite. Si vous tenez à un récit linéaire, où les événements s’enchaînent du début à la fin, 1999 n’est pas pour vous. Si, par ailleurs, vous acceptez, comme dans la vie, les coups du destin qui bouleversent l’ordre des choses, alors, loin d’être déçus, vous en redemanderez. »

Anne-Marie Voisard, Le Soleil

La complainte d’Alexis-le-trotteur (1993)                                    

« C’est une folle allégorie d’un milieu ravagé par la récession, une fuite en avant dans un univers métaphorique, une descente dans le ventre de la terre, où gît la part d’ombre d’une humanité placée devant la mort. Mais ce bas-relief sculpté dans la misère, ce monde où les personnages plongés dans la noirceur, n’arrivent jamais à se rencontrer, Yergeau l’a sculpté avec les mêmes outils d’écrivain que des années d’apprentissage ont aiguisés. C’est la même écriture où tout s’entrechoque ; la même prose qui a sa saveur à elle, unique et incomparable, douce et amère ou tendre et désespérée. La même langue où tout s’oppose, où tout est écartelé, où l’inanimé se met à vivre, inquiétant, attirant, et signifiant. »

Marie-Claude Fortin, Voir Montréal

Tu attends la neige, Léonard? (1992)                                              

« Après chacun des quarante-six textes que contient son recueil, il faut s’arrêter, avaler, reprendre son souffle. Et pourtant, ce livre se lit d’un trait. […] Nouvelles? Récits? Réponse : de petits chef-d’œuvre, tout simplement. Un bonheur de lecture inouï. »

Diane-Monique Daviau, Lettres québécoises