Le réel est mis entre parenthèses

J’ai installé hier un logiciel de musique qui me permet d’enregistrer plusieurs pistes à l’aide d’un synthétiseur sur clavier et de les superposer. J’ai un orchestre à ma disposition. J’ai composé une petite pièce musicale post-romantique, après avoir plus ou moins compris comment fonctionne le logiciel. J’ai été étonné de la fébrilité que je ressentais et du plaisir de transposer des lignes mélodiques, de les croiser, de jouer avec le rythme et l’interprétation. Cette combinaison d’éléments mélodiques qui se croisent sur une surface – un écran cathodique – ressemble à la composition romanesque, mais on décèle immédiatement les erreurs. À chaque mesure, on ressent intimement l’impact de la composition.

Certes, mes exigences musicales sont sans doute moins élevées qu’en littérature, parce que j’ai moins de connaissances (sept années de conservatoire et une pratique de dilettante dans des salons ou lors de soirées entre amis). Je me censure moins. Mais cela me rappelle que c’est là ce que je dois ressentir lorsque j’écris : de la fébrilité. L’invention doit être une fête. La littérature est une architecture où les masses ne sont jamais au repos.

p.s. Je m’aperçois que mon ordinateur portable n’est pas assez puissant pour bien gérer le logiciel de musique – Plus les pistes s’accumulent, et plus il y a un retard qui se fait dans l’enregistrement, qui ne permet pas de conserver un rythme précis. Disons que ça passe avec les cordes – ça entraîne un certain flou poétique qui a son charme -, mais cela m’empêche d’aller dans certaines directions.