Syndrome de la Tourette et dépression

Je ressors d’une semaine de traduction hébété par la quantité de mots découpés et recollés, de la description de poste d’un gérant de succursale de machinerie lourde à des notes de service sur le départ de certains collaborateurs, au résumé des activités d’un trimestre, comme si chaque mot devait être mis à sa place, dans une séquence idéale et fade. Tout cela est écœurant certains jours, mais étrangement apaisant : l’esprit n’a pas à s’investir. Tout l’être baigne dans le discours de la croissance et des relations professionnelles. Il y a une hypocrisie où l’ordre moral et économique repose sur une série d’interdictions plus ou moins tacites. C’est pourquoi nous devrions forniquer en public, selon moi. Je ne sais pas si vous avez d’autres solutions.

Il y a toujours un certain moment où je dis ce que je ne devrais pas dire. C’est plus fort que moi. Dans une conversation où les mots se dirigent en séquence dans une même direction, comme les moutons dévalent la colline vers le pré, je vais sortir une bêtise. Parfois un petit truc inconvenant qui va ravir mon interlocuteur, parfois une horreur qui va créer un malaise, comme si j’avais le syndrome de la Tourette.

Ces dernières années ont été éprouvantes. Le cancer, la mort de Jack. J’aimerais parfois que la vie soit comme un griffonnage d’enfant. Il y a un style, une vision et des monstres. Les défauts même ont une beauté qui nous touche. On perçoit si bien ce qui est lointain et inaccessible. Les petits bonshommes autour de nous ressemblent à des androïdes. Après tout, les mots ne sont pas là pour donner raison à l’esprit.