J’aime danser avec les animaux

Hier j’ai dansé avec Élios comme si j’étais dans un bar punk. Au siècle dernier, j’ai appris à danser dans des salles cacophoniques et bondées de Montréal ou de Londres. Il s’agissait essentiellement de sauter dans les airs et de faire comme s’il n’y avait plus d’obstacles. Les corps se soulevaient et restaient figés un court instant, comme une collection d’objets curieux. On pouvait se cogner contre les poutres, contre les voisins, tomber sur les boîtes de son, renverser sa bière.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de réparateur dans la danse. C’est peut-être le fait de ressentir son corps avec autant d’intensité. Je n’aime pas ce qui est inexpressif. Je n’aime discuter avec des zombies. Maintenant que je suis entouré de morts, cela m’est encore plus intolérable! J’entends mon ami Jack me dire, ironique, sur son lit aux soins palliatifs :

– Mais merde, fais pas cette tête d’enterrement!

Enfant, je réécoutais sans fin le Concerto no 3 de Beethoven. J’ai reçu une éducation musicale classique au conservatoire. Ce qui m’a permis de me laisser absorber par les arrangements simplistes des Sex Pistols ou The Clash, ce n’était pas la philosophie punk. C’était la danse – qui me permet également d’aimer Miley Cirus ou Maroon Five. La danse m’a peut-être offert un espace où le seul but était de se réapproprier ce qui nous entoure, de l’intégrer à l’intérieur d’un récit qui n’a aucune finalité, où même le mot Dieu n’avait plus d’importance. Je peux absorber les harmonies, les dissonances, saisir comment les notes déferlent en créant un pont entre moi et la mort.

J’ai passé une grande partie de ma vie à discuter et à danser avec les morts. Je n’aimais pas la musique punk, mais j’aimais retrouver cette dérive intemporelle où je pouvais apercevoir au fond de la salle obscure Yeats ou Emily Brontë.