Passion amoureuse
Je ne me suis jamais inscrit dans l’autofiction ou l’égofiction. Mon premier livre a été publié l’année où est sorti Passion Simple. Tu attends la neige, Léonard ? est un roman déguisé en recueil de nouvelles qui questionne la mémoire et la recherche de soi, en modifiant le cadre de ma vie d’alors. C’est un roman politique qui veut déconstruire la notion de genre littéraire et d’identité nationale : donc, non, il n’était pas question de me chercher un parapluie qui aurait défini mon écriture.
Mais, bien sûr, tout cela est flou. La multiplicité des pratiques regroupées sous le terme d’autofiction me rendait mal à l’aise. Le livre qui paraîtra en août 2025 est peut-être plus près du roman autobiographique ? Une autobiographie où les pistes sont brouillées. Il n’y a pas de faits imaginés, mais il y a des déplacements biographiques, des choses tues et d’autres qui sont assemblées, regroupées, éditées.
Par exemple j’avais plusieurs confidentes. D’un point de vue narratif il aurait été inutile de les multiplier. Je discutais avec Marie, ma sœur cadette, et avec mon amie Annie dont le mari était décédé d’un cancer du côlon. Et il y avait Citron, que j’ai choisie comme confidente dans le livre pour une question d’efficacité romanesque, car elle traverse le temps du livre, jusqu’à ce que je déménage à Paris, non loin d’elle.
Mon épouse est telle qu’elle était… Ce n’est cependant qu’une partie de sa personnalité — celle qui correspond au temps de narration. Son lien avec les enfants est essentiel pour la comprendre ou la représenter — mais cela aurait été le sujet d’un roman en soi, par sa complexité. Je ne pouvais pas également écrire son nom : cela aurait été trop direct et présomptueux. Elle est mon épouse. La femme que j’ai aimée et qui est morte dans mes bras. Son nom est écrit sur sa pierre tombale.
Mon épouse est construite par soustraction, et Sidonie par addition. Trois femmes différentes sont regroupées pour la composer et pour brouiller les pistes qui conduisent vers elle. Il n’y a cependant qu’une seule Sidonie envers qui j’ai ressenti ce sentiment un peu pathétique, total, humiliant, et cette absence de dignité. Je lui dois beaucoup : une pièce de théâtre, ce livre, et un réveil à la vie sentimentale. À la vie. Elle m’a permis de décrire le deuil et de mesurer sa profondeur — et de comprendre Passion Simple d’Annie Ernaux.