La peur et le désir
par Pierre Yergeau
Il neige sur Paris. C’est mon premier hiver ici. Élios mon Beauceron veut toujours sortir. Il aime la neige et le froid. Je retrouve en lui tous les sentiments que j’ai perdus. Je me suis dit que je vais écrire des phrases sans me soucier des contradictions, en essayant de me tenir en équilibre.
Il y a eu un moment — durant L’écrivain public — où je pouvais écrire sur toutes choses. Les mots déferlaient. J’aurais pu m’aventurer dans des ruelles sombres. Écrire un livre de philosophie, décrire un horizon pillé par des corbeaux, faire un essai sur une petite gare isolée du Midwest. Un peu n’importe quoi.
Il neige sur Paris. Le poêle à bois bourdonne. J’ai une traduction à terminer. Je fais un peu de fièvre. J’aime ma solitude. Les tunnels, cela appartient au subconscient n’est-ce pas ? Ils se retrouvent dans cette zone où la mémoire bascule et nous échappe. Tout mon passé s’est engouffré là-bas.
Je ne sais pas si je vais écrire sur du papier ou taper des mots à l’écran. Je ne sais pas si je vais trouver une petite lumière pour m’éclairer dans les tunnels, ou si je dois accepter de ne rien voir. Pour l’instant je ne sais rien, sinon que cette masse que j’aperçois m’inquiète. Qu’est-ce qui nous fait écrire ou imaginer ? La peur et le désir.