Amour et solitude… (suite)
par Pierre Yergeau
Je me retrouve à chaque coin de rue de Paris comme si j’étais dans la forêt boréale. Je suis Abitibien et Parisien. La tour Eiffel est au milieu de la forêt boréale.
Elle est mon seul drapeau. Elle est monumentale, mais elle a cette légèreté qui la distingue des autres monuments. Elle n’impose pas. Ce n’est pas une affirmation d’une institution religieuse ou politique : elle est le symbole de l’esprit libre et amoureux. Juste l’apercevoir m’émeut. Elle est le centre de mon monde. Il y a un mélange d’audace, de rigueur et d’élégance géométrique, qui évoque l’amour, la mort, la vie.
Je ne fais partie d’aucune littérature. Je me sens bien en compagnie de François Villon et de Virginia Woolf. Je n’ai pas d’identité nationale. J’ai un passeport canadien et j’écris en français. C’est une langue qui saigne. C’est une langue de fin du monde et d’urgence. C’est une langue précise et poétique. C’est la langue de la réalité et de la caricature.
Une littérature nationale se construit par la vie littéraire, les échanges d’idée, les positions adoptées dans les revues et les universités. Et sur FB et dans les cafés. Je ne me reconnais pas dans les discours prévalents. Je vous l’ai dit : j’aime Sidonie. J’aime son indépendance d’esprit. J’aime même ses erreurs. Oui ses erreurs. Je ne crois pas en une littérature de parade, d’idéologies et de bons sentiments.
Bref, je veux être seul! Alors je suis Abitibien. J’écris en français parce que j’aime la folie du projet des Contes drolatiques de Balzac, que j’ai lu à onze ans. Et on pourrait m’expulser un jour, mais je me sens chez moi ici. Je crois que je vais me faire tatouer la tour Eiffel sur un bras.