Jusqu’ici ce n’est pas très bon
par Pierre Yergeau
Les tunnels, ce sont d’abord les tunnels de la mine Bourlamaque à Val-d’Or où mon père, mes oncles, mes cousins travaillaient, et où j’ai travaillé un peu. Une immense ville souterraine sous la ville, un lieu où chacun peut se prendre pour un mort, où l’on est dans un royaume sans fin. Où, où, où.
Les tunnels c’est un labyrinthe. C’est noir et l’on ne voit pas bien. En un sens, c’est inénarrable. Dans cette obscurité, on ne discerne pas les choses et les êtres, même avec la lampe sur le casque. Il y a des suicides qui deviennent des accidents, des accidents qui sont des meurtres. Des questions sans réponses.
Sous la terre, on est également pris d’une étrange vitalité. On est privé de lumière et de repères. Ce n’est pas du bla-bla, il n’y a pas de néant ou de sonnet. On fait les braves. Il y a la roche, le grondement des foreuses. Et bien sûr les souvenirs qui disparaissent.
Bref c’est un réseau narratif que j’imaginais, mais qui est fondé sur une amnésie. Too bad. Je ne sais pas comment démêler tout ça.
Ce n’est pas un passé qui a une certaine clarté et dont je peux décrire chacun des décors. Des claques m’a fait oublier ce qui devait être tu. Jusqu’à présent ce que j’ai écrit n’est pas très bon. Je trouve. Bien sûr je sais comment agencer les tierces et les quintes, je connais les harmonies et je peux tout faire dérailler pour reprendre le récit un peu plus loin. Mais j’ai besoin de la précision des événements, des scènes, sinon il ne reste que… les cauchemars…
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