les godemichets

par Pierre Yergeau

Ces derniers mois, j’étais enseveli sous les contrats. Veuillez mettre un terme à toutes les corrections de dérive postdatées dans un réseau multipoint et ne pas utiliser une telle approche pour planifier ce type de correction à l’avenir. Il m’arrive souvent de prendre plaisir à l’architecture de ces phrases. Je veux dire ce sont des phrases qui sont sculptées par de grandes organisations, qui mettent fin au désordre social et au doute. J’y retrouve une certaine sérénité. Je n’ai qu’à traduire après tout.

Si vous avez le modèle TM-ULTRA-KW du modem FTS, utilisez uniquement la sélection du « modem générique » dans le champ du fabricant du dispositif HYDEX. Voilà. C’est touchant, tout ce que les humains, ces pauvres souffreteux, peuvent édifier d’immense et d’universel. Ce n’est pas comme si j’étais dans une petite gare d’Italie et que je me demandais ce que j’allais faire. J’ai du boulot.

Alors j’y vais. Je traduis un grand document administratif. Une politique interne. Une note de service. Une lettre de congédiement. Je suis payé à chaque mot que je tape, ce qui est quand même beaucoup mieux que d’écrire Le père d’Usman. Je n’ai pas de doute. C’est comme une balade en forêt où il n’y a pas de monstres, pas de crainte, pas de désir. Il y a juste un délai : le document doit être remis le lendemain à 10 h 30.

Ça permet également de ne pas avoir à subir l’immense vide d’une publication. Après avoir porté ce livre pendant des mois, des années, je suis arrivé au bout de la route. J’entends encore les pas d’Usman derrière moi. Je le revois en train de tituber dans Baker Street. Mais c’est de la littérature. Ah bon voilà. Je viens de recevoir un courriel. Une traduction d’une grande entreprise de godemichet.